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RADIO ELVIS : L'INTERVIEW

Vendredi 30 janvier, l’EMB a accueilli Radio Elvis, un jeune groupe déjà plein de promesses. Pierre, Colin et Manu ont sorti leur premier EP, « Juste avant la ruée » en septembre dernier. Radio Elvis, ce n’est pas un hommage au King, mais des compositions très personnelles, au style rock, et de très beaux textes écrits par Pierre, admirateur de Jack London et Saint Exupéry, entre voyage, histoire, et introspection. Entre la guitare et la voix percutante de Pierre, la basse de Manu et la batterie de Colin, Radio Elvis prend réellement vie sur scène.

Rencontre.

 

 

Vous êtes un groupe qui n’est pas encore très très connu, qu’est-ce que vous aimeriez qu’on sache de vous en quelques mots ?

 

Pierre : Le principal c’est de retenir que Radio Elvis est un groupe de chanson indé, chanson pour le côté chanson française et indé parce qu’on est un groupe de rock indé. On est vraiment entre les deux. Si on dit ça, c’est vraiment pour se définir mais on se laisse libre de faire ce qu’on veut dans n’importe quel style. Mais c’est sûr qu’il y a un son qui nous définit.

 

 

Où est-ce que vous voulez emmener le public ?

 

Pierre : Pendant un temps la phrase qu’on disait c’était « Radio Elvis, le voyage est immobile » et je pense que ça peut bien définir le groupe, « le voyage est immobile ». Cette idée d’ailleurs dans notre musique, dans les sons, dans l’exotisme de certains morceaux. Mes paroles sont souvent tournées vers le voyage, le voyage au sens premier comme au sens d’introspectif.

 

 

Votre premier EP, « Juste avant la ruée » est sorti en septembre dernier. Vous allez faire pas mal de dates dans les mois qui viennent. Comment vous appréhendez les choses ?

 

Pierre : Très mal (rires). Non ça va être super.

 

 

Il vous est arrivé de jouer parfois à deux et non à trois lors de vos précédents concerts…

 

Pierre : Oui, mais alors là, c’est fini. Ça a mis du temps à s’organiser. Il y a des dates pour lesquelles on a joué en duo ou en solo parce qu’on avait chacun des projets parallèles. C’était un peu par défaut et maintenant, c’est exceptionnel. On appréhende les concerts à venir de manière très sereine, on est super contents de faire plein de scènes.

 

Colin : Oui, ça fait un an qu’on attendait de tourner.

 

Pierre : C’est génial. Il se trouve que ça arrive assez tôt dans la construction du groupe, ça fait à peine deux ans qu’on existe et finalement, moi ça fait longtemps que j’attends ça, d’avoir une tournée avec un groupe. Avoir un projet en commun et en vivre, c’est vraiment super.

 

Colin : Je pense que c’est chouette aussi de présenter aux gens tout un répertoire, une heure de Radio Elvis, alors qu’il n’y a que l’EP qui est sorti pour l’instant. C’est aussi un défi d’aller chercher les gens sur des titres qu’ils ne connaissent pas.

 

Pierre : C’est chouette d’arriver à faire autant de dates avec un EP. On espère que ça va être exponentiel.

Colin : Comme tu disais, on a passé presque un an à jouer selon des formules différentes, parfois même à trois mais en acoustique. Maintenant, on se fixe sur le set électrique donc on va aborder la scène différemment.

 

Pierre : Oui comme un groupe de rock. Ça commence à devenir physique même entre nous, c’est bien.

 

Colin : Physique ? (rires) sur scène !

 

 

Vous avez fait un KissKissBankBank en juillet afin de faire une résidence en septembre. Qu’est-ce que vous avez travaillé ?

 

Pierre : Justement, c’était au début, quand on commençait à faire des concerts en électrique tous les trois. On avait pas mal de nouveaux morceaux à travailler. Ça ne faisait qu’un an que le groupe existait et on avait pas mal de travail, notamment avec Joseph, notre ingé son. C’était vraiment pour travailler les prochaines dates, notamment le Chantier des Franco et d’autres tremplins pour lesquels il fallait qu’on soit assez prêts. Il y avait aussi la release party du clip de « Goliath » à la Loge à Paris.

 

 

Vous avez tous les trois des parcours différents. Manu et Colin, qu’est-ce que vous avez voulu amener aux textes de Pierre ?

 

Colin : On a mis les textes en musique tous les trois en fait. On a apporté forcement des textures plus rock. Manu a une guitare avec plein de sons, moi, j’ai un synthétiseur donc forcement ça apporte de la matière qui sert le propos. On part du texte et tous ensemble, on travaille.

 

Pierre : Je pense que ce que je faisais avant en solo et ce qu’on fait maintenant, à trois, ça n’a rien à voir. Ils m’ont fait changé ma manière de composer et d’écrire. Je composais en pensant à eux, en pensant à comment ils pourraient parvenir à créer quelque chose.

 

Colin : Moi, j’ai toujours aimé travailler la musique à partir d’un thème, d’une contrainte. C’est pour ça, que j’ai eu envie de faire de la musique avec Pierre et Manu, parce qu’il y avait déjà des textes et je trouvais ça cool de partir d’une base si forte pour la mettre en valeur. 

 

 

Parlons un peu de votre EP. J’ai vu qu’il était sorti en 2013 une première fois.

 

Pierre : Oui. Il est sorti il y a un an, un peu sous le manteau. C’est-à-dire qu’il n’était distribué par personne. Le groupe s’est formé au moment de l’enregistrement du EP en fait. Avec un premier financement participatif, j’avais fait presser à 500 exemplaires ce premier projet que je transmettais aux maisons de disques et qu’on vendait après les concerts.

 

Colin : C’était un peu comme une maquette en fait.

 

Pierre : Après on a vivoté avec ça, et on a décidé de le sortir officiellement en septembre.

Ça a marqué un nouveau départ en fait, une étape supplémentaire.

 

 

 

 

Cet EP parle de voyages, de conquêtes, d’aventures, autant d’images qui renvoient aussi à une quête qui peut être intérieure. Quelle place ont pris ces thématiques pour la création de ce premier projet ?

 

Pierre : On n’a pas construit l’EP autour de ça. J’écris à travers ces images-là, c’est mon moyen d’expression. On n’a pas cherché à avoir un concept, à avoir un thème de prédilection. Ça s’est fait comme ça et c’est en faisant le compte qu’on prend conscience que les chansons parlent beaucoup de voyage.

 

 

Le titre « Juste avant la ruée » est en fait le titre d’une chanson qu’on ne trouve pas sur l’EP mais qui devrait avoir une place sur votre premier album. Est-ce qu’il y a autre chose derrière ce titre ? C’est « la ruée » vers quoi ?

 

Pierre : Je ne sais pas. « Ruée », c’est un mot déjà assez chargé d’histoire. Ça n’a pas à voir avec la ruée vers l’or. Ça a davantage avoir  avec les migrations vers l’Ouest des colons américains. Ils organisaient des courses au territoire à la fin du XIXème siècle, avec des courses à cheval en fait, le premier qui arrivait, gagnait la parcelle en jeu. C’est assez étrange comme manière de procéder (rires). Voilà, à la base, ça vient de là. Et puis, j’avais envie de parler de comment on ressent les choses avant d’aller vers un ailleurs, vers le nouveau, du fait qu’on peut avoir l’impression que le temps s’arrête ou que le temps s’accélère. C’est quasiment physique quand on se tourne vers une nouvelle vie.

 

 

Un peu la métaphore de ce que vous vivez ?

 

Pierre : (rires) Oui, alors après, il ne faudrait pas que ça devienne prétentieux. « Juste avant la ruée », le disque d’or.

 

Colin : C’est bien, ça annonce une suite.

 

Pierre : L’album pourrait s’appeler « La Ruée » du coup (rires).

 

 

Cet album justement, il est prévu pour quand ?

 

Pierre : Il n’y a pas de date encore définie. Pour l’instant, on se concentre sur le live. De notre côté, on enregistre des titres en maquette et on bosse sur des compositions qu’on joue en live. Ça ne sera sûrement pas pour 2015 en tout cas.

 

 

Dans votre clip pour la chanson « La Traversée », tu bois une bouteille de Coca, Pierre. C’est un peu en contradiction avec une chanson qui parle de tout sauf de quelque chose d’industriel, non?

 

Pierre : Oui (rires), c’est boire l’Amérique en deux minutes trente, en fait.

Ce clip a aussi été fait avec Nicol Despis, qui a d’abord voulu faire des photos avec nous et ensuite les clips. Maintenant, il fait quasiment parti du groupe et c’est avec lui qu’on va faire les prochains clips aussi.

 

Colin : Il apporte vachement de personnalité dans ce qu’il fait. C’est un bidouilleur rempli d’idées.

 

Pierre : Il adore ce qu’on fait et nous, on adore ce qu’il fait donc c’est le principal. Pour le clip de « La Traversée », on ne voulait pas de clip illustratif puisque la chanson est là, les paroles parlent d’elles-mêmes, évoquent déjà des images. On ne voulait pas, filmer du paysage dans une voiture ou aller filmer la mer parce que la chanson s’appelle « La Traversée » (rires). On a eu une révélation sur une vidéo de Lou Reed filmé par Andy Warhol, « Screen Test » en 1966. On s’est dit qu’on allait faire exactement la même chose, un remake.

 

 

Dernière question. Ce soir, vous jouez avec Feu ! Chatterton. Certains médias définissent votre musique et la leur comme du « rock littéraire », poétique. Alors, en sachant que la poésie représente moins d’1% des ventes de livres en France et qu’on a pris l’habitude de dire que les groupes qui chantent en français aujourd’hui sont des perles rares, je me demandais si vous aviez la sensation de faire parti d’un élan culturel particulier ?

 

Pierre : Moi, personnellement, je trouve qu’il y a toujours eu des groupes chantant en français. C’est juste le projecteur qui a changé de direction. Il y a eu l’anglais pendant les dix dernières années et là, on se rend juste compte qu’il y a autre chose. Moi, je viens du slam donc j’ai toujours entendu du français partout, j’ai toujours vu des groupes chanter en français, c’est juste qu’on les mettait pas spécialement en avant. La seule chose, qui est peut-être un peu vrai, c’est que le rock en français, ça commence à revenir de manière assez décomplexée. On est plus dans le rock contestataire forcement comme avec Noir Désir, Luke, il y a des choses qui émergent, des mix entre pop, rock, chanson française qui, peut-être, manquaient au paysage avec des textes qui ne sont pas politiques.

 

 

Merci beaucoup Radio Elvis.

 

 

Interview réalisée par Juliette Savard

 

ajouté par La Com'

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